SUJET BAC FRANCAIS 2020 STMG

Sujet bac francais 2020 STMG. La session 2020 des épreuves anticipées du bac de français n’ont pu se dérouler en raison de la crise sanitaire. Les sujets qui étaient prévus pour les séries technologiques le 17 juin ont été publiées par le ministère.

Vous traiterez au choix, l’un des deux sujets suivants


1- Commentaire de texte (20 points)


Alexandre Dumas, Le Comte de Monte-Cristo, 1846.
Pour s’évader du château d’If où il est emprisonné, Edmond Dantès a pris la place de
son compagnon de cellule qui vient de mourir, le vieil abbé Faria, en se dissimulant
dans le sac prévu pour le cadavre.

On transporta le prétendu mort du lit sur la civière. Edmond se raidissait pour
mieux jouer son rôle de trépassé1. On le posa sur la civière ; et le cortège, éclairé par
l’homme au falot2, qui marchait devant, monta l’escalier.
Tout à coup, l’air frais et âpre de la nuit l’inonda. Dantès reconnut le mistral3. Ce fut
5 une sensation subite, pleine à la fois de délices et d’angoisses.
Les porteurs firent une vingtaine de pas, puis ils s’arrêtèrent et déposèrent la
civière sur le sol.
Un des porteurs s’éloigna, et Dantès entendit ses souliers retentir sur les dalles.
« Où suis-je donc ? » se demanda-t-il.
10 « Sais-tu qu’il n’est pas léger du tout ! » dit celui qui était resté près de Dantès en
s’asseyant sur le bord de la civière.
Le premier sentiment de Dantès avait été de s’échapper, heureusement il se retint.
« Éclaire-moi donc, animal, dit celui des deux porteurs qui s’était éloigné, ou je ne
trouverai jamais ce que je cherche. »
15 L’homme au falot obéit à l’injonction, quoique, comme on l’a vu, elle fût faite en
termes peu convenables.
« Que cherche-t-il donc ? se demanda Dantès. Une bêche sans doute. »
Une exclamation de satisfaction indiqua que le fossoyeur avait trouvé ce qu’il
cherchait.
20 « Enfin, dit l’autre, ce n’est pas sans peine.
— Oui, répondit-il, mais il n’aura rien perdu pour attendre. »
À ces mots, il se rapprocha d’Edmond, qui entendit déposer près de lui un corps
lourd et retentissant ; au même moment, une corde entoura ses pieds d’une vive et
douloureuse pression.
25« Eh bien ! le nœud est-il fait ? » demanda celui des fossoyeurs4 qui était resté
inactif.
« Et bien fait, dit l’autre ; je t’en réponds.
— En ce cas, en route. »

Et la civière soulevée reprit son chemin.
30 On fit cinquante pas à peu près, puis on s’arrêta pour ouvrir une porte, puis on se
remit en route. Le bruit des flots se brisant contre les rochers sur lesquels est bâti le
château arrivait plus distinctement à l’oreille de Dantès à mesure que l’on avança.
« Mauvais temps ! dit un des porteurs, il ne fera pas bon d’être en mer cette nuit.
— Oui, l’abbé court grand risque d’être mouillé », dit l’autre — et ils éclatèrent de
35 rire.
Dantès ne comprit pas très bien la plaisanterie, mais ses cheveux ne s’en
dressèrent pas moins sur sa tête.
« Bon, nous voilà arrivés ! reprit le premier.
— Plus loin, plus loin, dit l’autre, tu sais bien que le dernier est resté en route, brisé
40 sur les rochers, et que le gouverneur nous a dit le lendemain que nous étions des
fainéants. »
On fit encore quatre ou cinq pas en montant toujours, puis Dantès sentit qu’on le
prenait par la tête et par les pieds et qu’on le balançait.
« Une, dirent les fossoyeurs.
45 — Deux.
— Trois ! »
En même temps, Dantès se sentit lancé, en effet, dans un vide énorme, traversant
les airs comme un oiseau blessé, tombant, tombant toujours avec une épouvante qui
lui glaçait le cœur. Quoique tiré en bas par quelque chose de pesant qui précipitait
50 son vol rapide, il lui sembla que cette chute durait un siècle. Enfin, avec un bruit
épouvantable, il entra comme une flèche dans une eau glacée qui lui fit pousser un
cri, étouffé à l’instant même par l’immersion.
Dantès avait été lancé dans la mer, au fond de laquelle l’entraînait un boulet de
trente-six attaché à ses pieds.
55 La mer est le cimetière du château d’If.

Notes
1 Trépassé : mort.
2 Falot : lanterne portative.
3 Mistral : vent violent de Méditerranée.
4 Fossoyeurs : hommes chargés d’enterrer les morts.

Vous ferez le commentaire littéraire de ce texte en vous aidant des pistes
suivantes :
1- Une scène d’action intense et palpitante.
2- Un personnage qui suscite émotion et admiration.

2- ESSAI et CONTRACTION DE TEXTE

Contraction de texte (10 points) et essai (10 points)


Compte tenu de l’œuvre et du parcours étudiés durant l’année, vous traiterez l’un des
trois sujets suivants :

  • A- Montaigne, Essais, « Des Cannibales », I, 31. Parcours : Notre monde vient d’en trouver un autre. Texte de Stefan Zweig, Érasme, grandeur et décadence d’une idée (1935),traduit de l’allemand par Alzir Hella.
  • B- Jean de La Fontaine, Fables, livres VII à IX. Parcours : Imagination et pensée au XVIIème siècle. Texte de Jean-François Dortier, « L’homme descend du songe », Sciences
  • humaines, n°174, août 2006.
  • C- Voltaire, L’Ingénu. Parcours : Voltaire, esprit des Lumières ; Texte de Tzvetan Todorov, « Les Lumières, des idées pour demain », Télérama hors-série, 2006.

A- Montaigne, Essais, « Des Cannibales ». Parcours : Notre monde vient
d’en trouver un autre.
Texte de Stefan Zweig, Érasme, grandeur et décadence d’une idée (1935),
traduit de l’allemand par Alzir Hella.

Contraction de texte


Vous résumerez ce texte en 228 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise : votre
travail comptera au moins 205 et au plus 251 mots.
Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de
la contraction, le nombre total de mots utilisés.


La transition du XVème au XVIème siècle est une époque marquante dans le
destin de l’Europe et qui, en ce qui concerne la précipitation dramatique des
événements, n’est comparable qu’à la nôtre. Soudain s’élargit la place qu’occupait
l’Europe dans le monde ; une découverte est suivie d’une autre et en l’espace de
5 quelques années, grâce à la hardiesse d’une race nouvelle de navigateurs, les
lacunes imputables1 à l’indifférence ou à la timidité des siècles passés se trouvent
comblées. Les dates mémorables se succèdent au rythme saccadé d’un pendule
électrique. 1486 : Diaz est le premier Européen qui s’aventure jusqu’au Cap de
Bonne-Espérance ; 1492 : Colomb atteint les îles américaines ; 1497 : Sébastien
10 Cabot découvre le Labrador et le continent américain. Un nouveau monde vient à
peine d’enrichir les connaissances de la race blanche que déjà Vasco de Gama,
passant au large de Zanzibar, fait voile vers Calcutta et ouvre la voie des Indes ;
1500 : Cabral découvre le Brésil ; enfin de 1519 à 1522, Magellan accomplit une
prouesse incroyable : pour la première fois, un homme a fait le tour du monde. La
15 […] première mappemonde2 , considérée à son apparition comme une extravagance
et une hérésie, se trouve donc vérifiée : l’action la plus hardie est venue confirmer la
pensée la plus audacieuse. Du jour au lendemain la machine ronde3, la terra
incognita, sur laquelle l’humanité pensante promenait sa marche incertaine et
inquiète, est devenue une réalité, un espace que l’on peut étudier et parcourir ;
20 l’Océan, qui n’était que ce désert infini de flots bleus dont parle la légende antique,
est devenu un élément mesurable, mesuré, un des plus précieux auxiliaires de
l’homme. Le goût de l’aventure s’empare soudain de l’Europe ; on ne s’arrête plus,
on ne souffle plus dans cette course effrénée à la découverte du « Cosmos ».
Chaque fois que les salves des canons de Cadix ou de Lisbonne saluent le retour
25 d’un galion, une foule curieuse afflue dans le port pour avoir des nouvelles de ces
pays récemment explorés, pour admirer ces oiseaux, ces animaux, ces hommes
qu’elle n’a jamais vus ; elle frémit d’étonnement devant ces énormes chargements
d’or et d’argent ; les nouvelles font le tour de l’Europe qui est maintenant, grâce à
l’héroïsme de ses enfants, le centre du monde, la maîtresse de l’univers. Presque en
30

même temps, Copernic découvre les orbites mystérieuses que décrivent les astres

au-dessus de cette terre soudainement éclairée par la science, et ses
connaissances, grâce à l’invention récente de l’imprimerie, pénètrent avec une
rapidité ignorée jusqu’alors dans les villes les plus éloignées et dans les villages les
plus isolés de l’Occident : pour la première fois, l’Europe connaît la félicité d’une vie
35 collective chaque jour plus intense. Au cours d’une seule génération, les données
primitives d’appréciation, l’espace et le temps, ont totalement changé de valeur et de
mesure. Seule notre époque, qui voit le téléphone, la radio, l’auto et l’avion concourir
avec la même précipitation à la diminution du temps et de l’espace, a assisté à un
semblable changement du rythme de la vie.
40 Un élargissement aussi brusque du monde extérieur doit fatalement avoir
comme corollaire4 une profonde transformation du monde psychique. L’individu se
trouve inconsciemment amené à penser, à calculer, à vivre en se basant sur des
données différentes ; avant que le cerveau se soit adapté à ce changement à peine
concevable, il se manifeste déjà une modification dans le domaine de l’âme. Quand
45 celle-ci perd brusquement sa mesure habituelle, quand elle sent glisser les lois et les
normes ordinaires, il se produit tout d’abord chez elle une confusion inévitable, faite
d’inquiétude et d’ivresse. En une nuit, tout ce qui était certain devient douteux, tout
ce qui date de la veille est périmé, d’un autre âge ; les cartes de Ptolémée, objet d’un
immuable respect de la part de vingt générations, se trouvent ridiculisées par
50 Colomb et Magellan ; les traités de cosmographie, d’astronomie, de géométrie, de
médecine, de mathématiques, auxquels on se conformait finalement depuis des
siècles, que l’on tenait pour infaillibles, sont dépassés, n’ont plus de valeur. Tout le
passé se dessèche au souffle brûlant des temps nouveaux. Finis les thèses et les
commentaires ; les anciennes autorités, ces idoles vénérées, tombent en ruines, les
55 tours en carton de la scolastique5 s’écroulent, l’horizon s’élargit. Un désir fiévreux de
savoir et de connaître naît de cet afflux brutal de sang nouveau dans l’organisme
européen, dont le pouls bat avec précipitation. Et cette fièvre communique une
impulsion violente aux évolutions en cours ; on dirait qu’une secousse sismique met
en mouvement tout ce qui existe. Les règles léguées par le Moyen Âge se trouvent
60 bouleversées : les unes grandissent, les autres déclinent ; la chevalerie disparaît, les
villes aspirent à se développer, les campagnes s’appauvrissent, le luxe et le
commerce sont prodigieusement florissants grâce à la navigation. La fermentation
est de plus en plus violente, il se produit un bouleversement social semblable à celui
qu’engendrent de nos jours l’irruption de la technique, son organisation et sa
65 rationalisation trop rapides ; on est en présence de l’un de ces moments
caractéristiques où l’humanité se trouve en quelque sorte dépassée par ses propres
actes et doit faire appel à toutes ses forces d’adaptation.

Imputables : dues à.
2 Mappemonde : globe représentant la Terre. La première mappemonde a été réalisée en 1490, deux
ans avant la découverte de l’Amérique.
3 La machine ronde : la Terre.

4 Corollaire : ici, conséquence. 5 Scolastique : enseignement de l’université du Moyen Âge.

Essai


À la Renaissance comme aujourd’hui, la découverte de nouveaux horizons
n’apporte-t-elle que des bienfaits ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant
appui sur « Des Cannibales » de Montaigne, sur le texte de l’exercice de la
contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans l’année dans le cadre de l’objet
d’étude « La littérature d’idées du XVIème au XVIIIème siècle ». Vous pourrez aussi
faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

B- Jean de La Fontaine, Fables, Livres VII à IX. Parcours : Imagination et pensée
au XVIIème siècle.
Texte de Jean-François Dortier, « L’homme descend du songe », Sciences humaines,
n°174, août 2006.
Contraction de texte

Contraction de texte


Vous résumerez ce texte en 228 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise : votre
travail comptera au moins 205 et au plus 251 mots.
Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de
la contraction, le nombre total de mots utilisés.

Jorge Luis Borges aimait brouiller les pistes. Dans son recueil de nouvelles Fictions
(1941-1944), l’écrivain argentin nous entraîne dans d’étranges univers où réalité et fiction
s’entremêlent dans un abîme sans fin. La nouvelle « Les Ruines circulaires » évoque
l’histoire d’un ascète1 indien qui crée un autre homme en rêve et lui donne vie… avant de se
5 demander si lui-même ne serait pas qu’un rêve. Le thème est bien sûr celui de la réalité
fécondée par l’imagination. […]
Un monde possible est un monde qui n’existe pas, mais qui pourrait exister. Par
exemple, si l’anarchiste Gavrilo Princip n’avait pas assassiné l’archiduc François-Ferdinand
(et il s’en est fallu de peu), il est possible que la guerre de 1914 n’ait pas eu lieu. En
10 revanche, il n’est guère envisageable que Superman soit intervenu tout à coup dans le conflit pour venir en aide aux Alliés. Voilà ce qui distingue les fictions réalistes de la littérature fantastique. Dans un cas, on y rencontre des personnages ordinaires, bien que fictifs, dans l’autre cas, on peut voir surgir Superman, la fée Mélusine ou Roger Rabbit sans s’étonner outre mesure.
15 Pendant longtemps, il fut aisé de distinguer le réel de la fiction. L’un relevait des faits,
l’autre de l’imaginaire. Le domaine de la fiction désignait toutes les œuvres artistiques :
littérature, théâtre, science-fiction, légende, auxquels on pouvait ajouter cinéma et BD. La
« non-fiction » (comme on l’appelle aux Etats-Unis) désigne le journalisme, l’histoire, le récit
de vie, le journal et autres chroniques du monde réel. Les Misérables (1862) de Victor Hugo
20 relève de la fiction, ses Choses vues du journalisme avant l’heure. La fiction est le monde du romancier, du dessinateur, du réalisateur et des artistes en tout genre ; la description du réel revient aux ethnographes, sociologues, historiens, géographes, soucieux de décrire le monde tel qu’il est. Jusque-là, les choses paraissaient claires.
Mais le réel a la fâcheuse tendance à ne pas se laisser découper en tranches nettes.
25 D’un côté, il est des fictions réalistes qui ressemblent trait pour trait au monde réel. D’ailleurs nombre d’écrivains racontent dans leurs romans des personnages réels, n’en changeant que le nom et l’environnement. D’un autre côté, documentaires, journalisme, ethnographies2 empruntent aux procédés de la fiction : narration et formes styliques. Le courant du « narrative journalism »3 suggère de raconter les faits autour d’une intrigue. Les historiens
30 admettent faire preuve d’imagination pour remplir quelques trous dans leur documentation.
Les recherches ethnographiques sont elles-mêmes suspectées de travestir quelque
peu le réel au profit de la cohérence ou de la beauté du style. Clifford Geertz avait fait grand
bruit en affirmant que derrière l’apparente objectivité de ses descriptions, l’anthropologue4 se comporterait comme un « auteur ».


1 Ascète : personne qui décide, dans une démarche religieuse ou spirituelle, de se priver de plaisirs. 2 Ethnographies : études de la culture et des modes de vie des peuples.
3 Narrative journalism : journalisme qui applique les techniques du roman aux récits des faits réels.
4 Anthropologue : scientifique qui étudie les cultures humaines.

Entre fictions et textes référentiels, les cartes se brouillant, il s’en est suivi un grand
débat sur la notion de fiction, sa nature et ses contours.
Dans Pourquoi la fiction ? Jean-Marie Schaeffer, l’un des principaux théoriciens en la
30 matière, pense qu’il faut réinscrire la fiction dans une conception plus large que les seules œuvres littéraires et artistiques. La fiction renvoie plus généralement à la puissance
imaginative de l’humain. Elle débute avec les jeux d’enfants et se poursuit tout au long de la
vie avec les rêves, les loisirs, les projets qui alimentent nos vies. Cette perspective vise à
dégager la fiction des études littéraires pour l’inscrire dans un champ anthropologique plus
35 large et « nous faire comprendre son rôle central dans la culture humaine ».
Cette approche est celle de plusieurs auteurs contemporains pour qui la capacité à
imaginer et créer des fictions serait l’aptitude qui distinguerait le mieux les humains du reste du genre animal. […] Et de nombreux arguments psychologiques et anthropologiques
peuvent être invoqués pour faire de l’homme une « machine à idées » qui détient, par sa
40 capacité à produire des images mentales, la possibilité d’inventer des mondes virtuels, de se projeter mentalement dans le passé, le futur, l’ailleurs et des possibles. Ce que l’on entend par fiction ne serait donc qu’une province5 d’une aptitude générale à se projeter hors de soi, donnant naissance tout à la fois au langage, à l’art, aux techniques, aux pensées intérieures et autres rêves, fantasmes et ruminations divers.
45 La fiction fait partie de nos vies. Le goût des humains pour la fiction et les mondes
virtuels n’est sans doute pas apparu pour nous distraire d’une vie quotidienne ennuyeuse. Le pouvoir de la fiction, c’est celui de créer des objets et de former des projets. Les utopies
puisent à la même source mentale que les plans d’ingénieurs. Le pouvoir de la fiction est
celui de nous permettre des expériences de pensée, d’émettre des hypothèses, de
50 construire des scénarios contrefactuels (« que se passerait-il si ? »), mais aussi, bien des
auteurs l’ont noté, de nous faire découvrir le réel sous un nouvel angle (romans et films nous permettent d’expérimenter des situations nouvelles), de nous forger des modèles de
conduites (c’est le rôle des mythes et épopées). Voilà pourquoi la fiction est organiquement
liée à nos existences. Cette vie qui est la mienne est aussi le produit de mes rêves. 55L’homme est un affabulateur6 par nature, un invétéré raconteur d’histoires7 , un être fictionnel. Comme l’écrivain Antoine Blondin l’avait joliment dit : « L’homme descend du songe. »


920 mots



Essai


Selon vous, l’imagination ne sert-elle qu’à fuir la réalité ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur les livres VII à IX des Fables de La Fontaine, sur le texte de l’exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIème au XVIIIème siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

C- Voltaire, L’Ingénu. Parcours : Voltaire, esprit des Lumières.
Texte de Tzvetan Todorov, « Les Lumières, des idées pour demain », Télérama horssérie, 2006.

Contraction de texte


Vous résumerez ce texte en 230 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise : votre travail
comptera au moins 207 mots et au plus 253 mots.
Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de la
contraction, le nombre total de mots utilisés.

L’esprit des Lumières, tel qu’on peut le décrire aujourd’hui, comporte une
caractéristique problématique : on en trouve les ingrédients à des époques variées, dans
toutes les grandes civilisations du monde. Et pourtant il s’agit aussi d’un fait historique qui a
pris corps à un moment précis, au XVIIIème siècle, et dans un lieu particulier, l’Europe
5 occidentale.
La pensée des Lumières est universelle, même si on ne peut l’observer partout et
toujours. Il ne s’agit pas seulement des pratiques qui la présupposent, mais aussi d’une prise de conscience théorique. On en trouve les traces dès le IIIème siècle avant Jésus-Christ, en Inde, dans les préceptes adressés aux empereurs ou dans les édits que ceux-ci 10 diffusent ; ou encore chez les « penseurs libres » de l’islam aux VIII-Xème siècles ; ou pendant le renouveau du confucianisme sous les Song, en Chine, aux XI-XIIème siècles ; ou dans les mouvements d’hostilité à l’esclavage, en Afrique noire, au XVIIème siècle et au début du XVIIIème siècle. Énumérons, un peu au hasard, quelques-uns de ces éléments de doctrine provenant des contrées les plus diverses.
15 Tel est le cas des recommandations de tolérance religieuse liées à la pluralité des
religions pratiquées sur un même territoire : brahmanisme et bouddhisme en Inde,
confucianisme et bouddhisme en Chine, présence de musulmans, de juifs, de chrétiens, de
zoroastriens, de manichéens sur ce que sont devenues les terres de l’islam ; ou encore, en
Afrique noire, co-présence de l’islam et des traditions païennes. Partout on constate –
20 comme on le dira souvent en Europe au XVIIIème siècle – que la tolérance est, pour tous, préférable à la guerre et aux persécutions. Une autre exigence, probablement liée à la
précédente, concerne la nécessité de séparer le politique et le théologique, le pouvoir de
l’État et celui de la religion. On souhaite que la société des hommes soit dirigée sur la base
de principes purement humains – et donc que le pouvoir sur terre soit entre les mains du
25 Prince plutôt qu’entre celles des intermédiaires avec l’au-delà.
Autonomie du pouvoir politique, autonomie aussi de la connaissance. Ainsi de l’idée,
présente en Inde, que le roi ne doit pas se soumettre à la tradition, aux présages ou au
message des astres, mais qu’il doit faire confiance à la seule investigation rationnelle. Ou
encore de la défense, au IXème siècle, par le célèbre médecin arabe Al-Razi, du savoir
30 strictement humain, puisé dans l’expérience et encadré par la seule raison. En Chine, les
nombreuses inventions techniques témoignent d’une attitude de libre recherche dans le
domaine du savoir. Il en va de même des progrès accomplis dans le monde islamique par
des sciences comme les mathématiques, l’astronomie, l’optique, la médecine.
Un autre trait également répandu concerne la pensée même de l’universalité : de
35 l’égale dignité de tous les êtres humains, des fondements universels de la morale, et donc de l’unité du genre humain. « Il n’y a pas d’activité supérieure à faire le bien du monde
entier », déclare l’empereur indien Asoka, au IIIème siècle av. J-C. C’est cette pensée de
l’universalité qui devient aussi le point de départ du combat contre l’esclavage en Afrique. En 1615, à Tombouctou, Ahmed Baba écrit un traité qui plaide pour l’égalité des races, en
40 refusant donc toute légitimité aux pratiques esclavagistes.
Les manifestations que je réunis un peu arbitrairement ici à partir de ce que nous
jugeons être l’esprit des Lumières européennes jouent un rôle plus ou moins fort, plus ou
moins durable. En Inde, la recommandation adressée au monarque de privilégier
l’investigation rationnelle au détriment des croyances et des superstitions lui est réservée,
45 elle ne sera pas généralisée à toute la population. Si proximité avec les Lumières il y a, ce sera essentiellement avec ce qu’on appelle le « despotisme éclairé ». Les penseurs libres
musulmans sont sévèrement réprimés à partir du Xème siècle. Le rapprochement le plus
significatif reste avec l’enseignement confucéen en Chine, qui concerne par principe un
monde naturel et humain, et qui pose comme but le perfectionnement de la personne,
50 comme moyens, l’éducation et le travail. Ce n’est pas un hasard si les philosophes
européens du XVIIIème siècle éprouvent une sympathie particulière pour le « modèle »
chinois (dont ils ont, il faut l’admettre, une idée assez approximative).
Ces développements multiples témoignent de l’universalité des idées des Lumières,
nullement apanage1 des seuls Européens. Pourtant, c’est bien en Europe qu’au XVIIIème
55 siècle ce mouvement s’accélère et se renforce, c’est là que se formule la grande synthèse de pensée qui se répand ensuite sur tous les continents : d’abord en Amérique du Nord, ensuite en Europe même, en Amérique latine, en Asie, en Afrique. On ne peut manquer de se poser la question : pourquoi en Europe plutôt qu’ailleurs, par exemple en Chine ? Sans vouloir trancher cette question difficile (les mutations historiques sont des phénomènes
60 complexes, aux causes multiples, voire contradictoires), on peut signaler un trait présent en Europe et absent ailleurs : c’est l’autonomie politique, celle du peuple et celle de l’individu – auquel il faut donner une place au sein de la société et non en dehors d’elle (comme cela pouvait être le cas des « renonçants » en Inde, des mystiques en terre d’islam, des moines en Chine). Le propre des Lumières européennes est d’avoir préparé l’avènement de ces notions : l’individu, la démocratie.

Notes

1 Apanage : privilège, monopole.


921 mots


Essai


Selon vous, l’esprit des Lumières est-il toujours actuel ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui
sur L’Ingénu de Voltaire, sur le texte de l’exercice de la contraction et sur ceux que vous
avez étudiés dans l’année dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIème
au XVIIIème siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture
personnelle.


Nous espérons que ce sujet bac francais 2020 STMG et séries technologiques a pu t’être utile.

Pour aller plus loin:

Les épreuves du bac de français 2020 (présentation, coefficients…)

Les sujets 2020 du bac de français pour les séries générales


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