Clélie histoire romaine

Clélie histoire romaine  est une oeuvre en 10 volumes de Madeleine de Scudéry(1607-1701), publiée entre 1654 et 1660. L’auteure apparaît comme une représentante majeure du mouvement précieux. Elle incarne une forme d’engagement radical, considérant que le mariage est une tyrannie (ce qu’elle dit également dans son œuvre). D’ailleurs, elle refusera toujours de se soumettre à cette convention. Dans Clélie, la romancière se livre à un roman à clés c’est-à-dire qu’elle s’inspire de son actualité et des personnes de son siècle qu’elle dissimule sous une autre identité. En effet, elle vient d’ouvrir un salon duquel elle puisera la matière de son récit. Elle y analyse le discours et le sentiment amoureux, sujets de prédilection de la Préciosité, en vogue à cette époque.

On voit la carte de la Préciosité aussi appelée carte du Tendre où son placés des lieux symbolisant l'amour courtois utilisés par Mme de Scudéry dans Clélie histoire romaine.

Lecture du texte

En effet vous voyez que de Nouvelle-Amitié on passe à un lieu qu’on appelle Grand Esprit, parce que c’est ce qui commence ordinairement l’estime; ensuite vous voyez ces agréables villages de Jolis Vers, de Billet galant et de Billet doux, qui sont les opérations les plus ordinaires du grand esprit dans les commencements d’une amitié. Ensuite, pour faire un plus grand progrès dans cette route, vous voyez Sincérité, Grand Coeur, Probité, Générosité, Respect, Exactitude, Bonté, qui est tout contre Tendre, pour faire connaître qu’il ne peut y avoir de véritable estime sans bonté et qu’on ne peut arriver à Tendre de ce côté-là sans avoir cette précieuse qualité.

Après cela, madame, il faut, s’il vous plaît, retourner à Nouvelle-Amitié pour voir par quelle route on va de là à Tendre-sur-Reconnaissance. Voyez donc, je vous en prie, comment il faut d’abord aller de Nouvelle-Amitié à Complaisance ; ensuite à ce petit village qui se nomme Soumission et qui touche à un autre fort agréable qui s’appelle Petits Soins. Voyez, dis-je, que de là il faut passer par Assiduité, pour faire entendre que ce n’est pas assez d’avoir durant quelques jours tous ces petits soins obligeants qui donnent tant de reconnaissance, si on ne les a assidûment. Ensuite vous voyez qu’il faut passer à un autre village qui s’appelle Empressement et ne faire pas comme certaines gens tranquilles qui ne se hâtent pas d’un moment, quelque prière qu’on leur fasse et qui sont incapables d’avoir cet empressement qui oblige quelquefois si fort. Après cela vous voyez qu’il faut passer à Grands Services et que, pour marquer qu’il y a peu de gens qui en rendent de tels, ce village est plus petit que les autres. Ensuite il faut passer à Sensibilité, pour faire connaître qu’il faut sentir jusqu’aux plus petites douleurs de ceux qu’on aime. Après il faut, pour arriver à Tendre, passer par Tendresse, car l’amitié attire l’amitié. Ensuite il faut aller à Obéissance, n’y ayant presque rien qui engage plus le coeur de ceux à qui on obéit que de le faire aveuglément; et, pour arriver enfin où l’on veut aller, il faut passer à Constante Amitié, qui est sans doute le chemin le plus sûr pour arriver à Tendre-sur-Reconnaissance.

Problématique

Objectif :  comment Mme de Scudéry procède-t-elle à une cartographie allégorique* de l’amour ?

Découpage du texte

Nous pouvons découper le texte en 4 mouvements dont chacun témoigne d’une étape vers Tendre sur Reconnaissance.

  • (l 1-12) La séduction
  • (l 12-15) la soumission
  • (l 15-18) le quotidien
  • (l 18-fin) l’empressement final

Analyse linéaire de Clélie histoire romaine

1er mouvement

-parallélisme « vous voyez » (l.1) qui structure tout le récit : il organise le chemin de Nouvelle Amitié à Tendre sur Reconnaissance mais il permet aussi d’intégrer le lecteur.

-Mme de Scudéry se livre à une cartographie amoureuse, les lieux sont métaphoriques et renvoient aux sentiments humains, on le voit avec « Nouvelle Amitié ».

-D’ailleurs, elle dessine d’emblée une voie, comme en témoigne le vocabulaire du chemin qui parcourt toute la première partie du texte avec « lieu » et « route » répété par deux fois .

-Or, ce chemin qu’elle esquisse est évoqué au présent de narration « ce qui commence » (l2).

-Ce premier mouvement apparaît comme un tableau plaisant et précieux de la séduction amoureuse avec des lieux tels que « Villages de jolis vers », « Billets galants » ou encore « Billet doux ».

-Cette première étape de la relation s’articule à la suivante par l’usage du connecteur « ensuite » (5). S’en suit une énumération des qualités qui doivent être démontrées : « Sincérité (…)Bonté ».

-Enfin, (l10) la narratrice se propose de nous tracer le chemin à parcourir. Pour ce faire, elle emploie une apostrophe « madame » pour, une fois encore, attirer le lecteur, l’interpeller.

(transition)Passons alors au 2ème mouvement qui se propose de définir le chemin à parcourir :

2ème mouvement

-ce deuxième mouvement s’ouvre avec le parallélisme de construction « voyez donc je vous en prie ». Il s’agit dans le chemin qui est tracé de montrer que l’amour précieux repose sur une forme de soumission, de concession à l’être aimé. Là encore, les lieux apparaissent comme des allégories des sentiments humains, en témoigne une fois encore l’usage de la majuscule.

-Ce deuxième mouvement s’articule sur le chemin marqué par l’emploi des connecteurs logiques tels que « d’abord » (12) ou « ensuite » (l13).

3ème mouvement

Puis, le troisième mouvement s’ouvre avec le parallélisme de construction « voyez dis-je ». Là encore, le lecteur est invité à suivre un itinéraire précieux à travers l’usage de l’impératif « voyez » suivi de la tournure impersonnelle « il faut ».

-Il faut d’ailleurs souligner que ce chemin se développe à l’aune de phrases complexes, ici une proposition conjonctive « que ce n’est pas … » suivie d’une proposition subordonnée relative « qui donnent… ».

-Enfin, ce mouvement s’ouvre et se ferme sur une dérivation « Assiduité » et « assidûment » ce qui montre que l’amour doit être cultivé au quotidien.

4ème mouvement

-Finalement s’ouvre la dernière partie « ensuite vous voyez… », initiée comme les autres par le même parallélisme de construction. La première phrase est marquée par des répétitions de tournures négatives comme pour mettre en évidence les écueils à éviter pour voir éclore une relation amoureuse : « ne faire pas », « qui ne se hâtent pas » ou encore « qui sont incapables de ».

Conclusion

Ainsi, cet extrait de Clélie histoire romaine met en évidence les méandres du sentiment amoureux selon ses différentes phases. Dès lors, l’amour est représenté comme une vaste allégorie basée sur les contours de la Carte du Tendre.

Si tu as des remarques ou des questions n’hésite pas à les poster en commentaires. Nous espérons que cette fiche a pu être utile à ton travail.

Pour aller plus loin:

Le roman comique de Scarron

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