Rédaction commentaire de texte

Comment réussir la rédaction du commentaire de texte? Il faut, au préalable, avoir bien préparé ses arguments au brouillon. Ensuite, tu dois absolument avoir élaboré une problématique et un plan logique, progressif. Il ne te reste plus alors qu’à mettre en mots les notes contenues dans ton brouillon. Nous te proposons, à titre, d’exemple, ce commentaire rédigé de “L’Albatros”. (Charles Baudelaire)

On voit un élève rédiger le commentaire de texte sur une page blanche.

Rédiger l’introduction (voir la méthode pour rédiger l’introduction ICI)

Alors que la première édition des Fleurs du mal en 1857 fait scandale en évoquant des thèmes sulfureux tels que la sensualité ou la morbidité, qui s’opposent à la morale chrétienne, d’ailleurs, le procureur Ernest Pinard condamne le recueil pour atteinte à la morale publique et aux bonnes mœurs. Ainsi, à l’occasion de la parution de la deuxième édition des Fleurs du mal en 1861, Charles Baudelaire insère de nouveaux poèmes parmi lesquels « L’Albatros ». Sous l’apparence d’une fable, le poète relate les mésaventures de l’oiseau au sol tandis qu’il est décrit avec beaucoup de majesté en vol.  Il convient alors de nous interroger sur les raisons de ce recours à l’apologue.  Pour ce faire, nous analyserons d’abord l’histoire de l’albatros avant de constater par la suite la dénonciation du rejet et de la marginalisation du poète.

Rédaction commentaire de texte (premier axe)

Tout d’abord, Charles Baudelaire relate l’histoire de l’albatros. En premier lieu, il se livre à un portrait de l’oiseau que le poète inscrit dans un espace-temps maritime à travers l’usage d’un champ lexical du voyage : « hommes d’équipage », «  mers », « voyage » et « navire » qui traditionnellement renvoie à la liberté.  Le portrait de l’albatros est effectué  à travers un champ lexical nourri de ses spécificités physiques: « albatros », « oiseaux », « ailes », « bec », « volait ».  D’ailleurs, la métaphore « rois de l’azur » témoigne de la majesté de l’albatros en vol dans la mesure où il peut déployer ses grandes ailes. Cette caractéristique est mise en relief par les liaisons et l’enjambement aux vers 7 et8 « Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches/comme des avirons traîner à côté d’eux. »          

En deuxième lieu, le portrait de l’animal semble paradoxal. L’albatros est, d’une part, décrit comme un oiseau majestueux dans les airs comme le montre la métaphore au vers 6 « rois de l’azur »  car ses grandes ailes lui confèrent une véritable élégance. D’ailleurs, l’usage du vers long, l’alexandrin, allongé par les liaisons voir même parfois par les enjambements renforce ce sentiment. Ainsi, au vers 1-2 la liaison sur « vastes

oiseaux » semble rallonger l’adjectif. Toutefois, ce qui était un atout en vol s’avère une terrible difficulté pour la marche, la comparaison dépréciative en témoigne : «  leurs grandes ailes blanches comme des avirons traîner à côté d’eux » (v.7-8). Ainsi, le poème s’organise autour d’un paradoxe souligné par l’usage des rimes croisées : « planches/blanches » et « honteux/d’eux » alternant rimes féminines [e muet] et [eu]. Les vers sont également construits sur un principe antithétique, au vers 6, « rois de l’azur » s’oppose à la fin du vers à « maladroits et honteux ».

En troisième lieu, les marins se moquent de l’albatros parce qu’ils le trouvent ridicule. Ils lui font subir une torture morale et physique, comme l’indique le champ lexical de l’amusement « s’amuser », « déposés », « agace », « mime ». Les hommes d’équipage semblent unir leur force pour faire du mal à l’animal comme le laisse à penser le parallélisme de construction au v.11-12 : « L’un agace son bec avec un brûle-gueule, / L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait ! » La méchanceté des humains paraît d’autant plus grande que l’oiseau est en situation de faiblesse lorsqu’il est sur le pont du bateau, le champ lexical de l’infirmité le prouve : « piteusement », « boitant », « infirme », « empêchent de marcher ». Ainsi, le poète relate une petite histoire, celle d’un albatros, maltraité par des marins mais quelle portée faut-il accorder à ce bref récit ?          

Rédaction commentaire de texte (deuxième axe)                                                        

Charles Baudelaire dénonce, à travers ces quatre strophes, le rejet du poète par la société. Pour ce faire, il se livre à un apologue. En effet, le poème se compose de deux parties : les trois premières strophes forment un récit tandis que la dernière strophe apparaît comme la morale. Comme un fabuliste, Baudelaire raconte une histoire légère à la troisième personne du singulier. Le narrateur est extérieur au récit. (v.3-4) D’ailleurs, le poète utilise le présent de narration pour relater les aventures de l’albatros et des marqueurs temporels lui permettent d’organiser son récit : « souvent », « à peine », « naguère ».

Or, la dernière strophe marque une rupture par le passage au présent de vérité générale. L’auteur révèle le parallèle entre l’oiseau et le poète. Comment dès lors comprendre le sens du poème ? Le poète est donc comme l’albatros, doué de qualités exceptionnelles qui lui permettent de voir et de dire le monde tel que le commun des humains est incapable de le percevoir. Mais ce don fait qu’il est incompris par les hommes comme l’indique la métaphore de la tempête météorologique (v.14) : « Qui hante la tempête et se rit de l’archer ». De plus, « l’archer » est une image pour dénoncer les attaques et  les critiques subies lors de la parution du recueil des Fleurs du mal. Tel l’albatros, le poète vit à l’écart, incompris et raillé par le groupe : « exilé sur le sol au milieu des huées ». Il se trouve a priori dans une situation paradoxale consistant à se trouver seul au milieu d’un groupe, dans la mesure où s’il n’est pas seul physiquement, il est isolé car différent.

Le poème apparaît donc comme un plaidoyer émouvant pour réhabiliter le poète ou du moins pour exprimer sa situation de poète maudit. Le poème s’ouvre sur le lyrisme exprimé par le thème du voyage et de la nature, favorisant l’expression de sentiments. Puis, les strophes 3 et 4 s’inscrivent davantage dans un registre polémique, mis en évidence par les différentes phrases exclamatives. Cette véhémence met en évidence la souffrance de l’animal et, de fait, du poète. En somme, le poème s’avère être une fable dont le véritable protagoniste est le poète en marge de la société des hommes.

Rédaction commentaire de texte (conclusion) Toute la méthode pour rédiger la conclusion ICI)

Ainsi, le poème relate l’histoire d’un oiseau à la situation ambivalente : ses atouts en vol s’avèrent être des faiblesses au sol. Ridicule, l’albatros subit les humiliations des marins. Mais Baudelaire révèle dans une dernière strophe que la fable témoigne du sort réservé aux poètes par la société.

L’apologue doit attirer l’attention des lecteurs sur la situation des poètes et dénoncer les agissements des hommes en groupe avec efficacité, sans montrer un personnage principal pathétique.

Or, ce détour par la fable pour mieux alerter sur la situation malheureuse du poète est récurrent dans l’histoire littéraire. En 1873, Tristan Corbière se livre à un autoportrait piquant dans « Le Crapaud », ne prolonge-t-il pas ainsi la réflexion amorcée par Baudelaire quelques années plus tôt ?

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2 réponses sur “Rédaction commentaire de texte”

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