Thérèse Raquin chapitre 1

Thérèse Raquin chapitre 1. Emile Zola publie d’abord la nouvelle intitulée “un mariage d’amour” dans le Figaro. Elle connaît un vif succès. Un éditeur accepte en décembre 1867 de faire paraître le roman Thérèse Raquin. Son style novateur déstabilise et en janvier 1868, un certain Ferragus se livre à un réquisitoire véhément dans Le Figaro. Il y déplore une histoire choquante et des propos dégoûtants. C’est pourquoi, lorsqu’il publie la seconde édition en 1868, Emile Zola insère une préface dans laquelle il se justifie sur ses choix et développe une théorie embryonnaire de ce qui deviendra le Naturalisme.

Dans l’incipit de Thérèse Raquin, Emile Zola fait entrer son lecteur dans un lieu sordide qui semble se refermer sur nous.

Problématique: Nous pourrons alors nous demander en quoi cette première page annonce un dénouement tragique?

Au bout de la rue Guénégaud, lorsqu’on vient des quais, on trouve le passage du Pont-Neuf, une sorte de corridor étroit et sombre qui va de la rue Mazarine à la rue de Seine. Ce passage a trente pas de long et deux de large, au plus ; il est pavé de dalles jaunâtres, usées, descellées, suant toujours une humidité âcre ; le vitrage qui le couvre, coupé à angle droit, est noir de crasse.

Par les beaux jours d’été, quand un lourd soleil brûle les rues, une clarté blanchâtre tombe des vitres sales et traîne misérablement dans le passage. Par les vilains jours d’hiver, par les matinées de brouillard, les vitres ne jettent que de la nuit sur les dalles gluantes, de la nuit salie et ignoble.

À gauche, se creusent des boutiques obscures, basses, écrasées, laissant échapper des souffles froids de caveau. Il y a là des bouquinistes, des marchands de jouets d’enfant, des cartonniers, dont les étalages gris de poussière dorment vaguement dans l’ombre ; les vitrines, faites de petits carreaux, moirent étrangement les marchandises de reflets verdâtres ; au-delà, derrière les étalages, les boutiques pleines de ténèbres sont autant de trous lugubres dans lesquels s’agitent des formes bizarres.

À droite, sur toute la longueur du passage, s’étend une muraille contre laquelle les boutiquiers d’en face ont plaqué d’étroites armoires ; des objets sans nom, des marchandises oubliées là depuis vingt ans s’y étalent le long de minces planches peintes d’une horrible couleur brune. Une marchande de bijoux faux s’est établie dans une des armoires ; elle y vend des bagues de quinze sous, délicatement posées sur un lit de velours bleu, au fond d’une boîte en acajou.

Emile Zola, Thérèse Raquin, 1868. (chapitre 1)

Thérèse Raquin chapitre 1: plan détaillé du commentaire de texte

1. Un lieu sordide

A. Entrée dans un décor dégoûtant

  • D’abord, Zola emploie le champ lexical de la saleté: “suant, crasse, sales, salies”.
  • De plus, le champ lexical des couleurs renforce cette première impression: “jaunâtres, blanchâtre, verdâtres, horrible couleur brune”. Ainsi, toutes les teintes suscitent l’écoeurement. D’une part, le suffixe péjoratif “-âtre”met en exergue la saleté des couleurs de ce lieu. D’autre part, la couleur brune sur laquelle la poussière et les salissures sont moins marquées est qualifiée de manière négative par l’adjectif “horrible”.

B. Un lieu lugubre

  • Tout d’abord, le lexique de la lumière est utilisé avec des termes tels que : “”clarté, brouillard, brouillard, nuit”. Ainsi, le magasin situé dans le passage apparaît comme un lieu plongé dans la pénombre.
  • D’ailleurs, l’antithèse à l’ouverture du deuxième paragraphe renforce cette impression: “par les beaux jours d’été… par les vilains jours d’hiver”. Paradoxalement, l’aspect lugubre de cet endroit est similaire en été comme en hiver comme en témoigne le parallélisme de construction de ces deux phrases.

2. Une description réaliste

A. Une description minutieuse

  • D’abord, le romancier se livre à une description en employant les procédés caractéristiques tels que le présent de l’indicatif “a”.
  • En outre, il utilise une multitude d’adjectifs qualificatifs qui permettent de caractériser le passage où va se dérouler l’action du récit. Nous pouvons citer par exemple l’énumération: “jaunâtres, usées, descellées”.
  • De plus, il utilise des éléments de mesure comme pour mieux nous aider à nous représenter l’espace: “ce passage a trente pas de long et deux de large”.
  • Par ailleurs, les propositions subordonnées relatives permettent d’apporter davantage de précisions sur le décor: “qui le couvre”.
  • Enfin, les phrases longues semblent adaptées à un texte descriptif et favorisent un rythme lent.

B. Un narrateur omniprésent

  • D’abord, le lecteur est guidé par le narrateur depuis les quais de Paris jusque dans la petite boutique: “au bout de la rue Guénégaud, passage du Pont-Neuf, boutiques, armoires etc”. Les lieux sont de plus en plus réduits, nous progressons des quais très ouverts jusqu’aux armoires.
  • Puis, le narrateur organise scrupuleusement cette présentation, agencée autour du découpage en paragraphes: “à gauche”, “à droite”.
  • Or, le narrateur nous inclut dans cette marche par l’usage du pronom personnel “on”.
  • Enfin, le point de vue omniscient nous offre un récit subjectif grâce à l’emploi d’adverbes tels que “vaguement” ou encore “misérablement”.

C. Une rue commerçante

  • En effet, le lecteur perçoit d’emblée qu’il entre dans une rue commerçante, comme le montre le champ lexical du commerce: “étalages, vitrines, marchandises, boutiques”.
  • Puis, l’énumération “il y a là des bouquinistes, des marchands de jouets d’enfants, des cartonniers” confirme cette impression.
  • Toutefois, cette boutique est inquiétante, comme si dans ce lieu, le temps s’était arrêté: “des objets sans nom, des marchandises oubliées là depuis vingt ans.

3. Préfiguration d’une issue tragique

A. Une atmosphère étrange

  • D’abord, un registre fantastique apparaît en filigrane avec l’emploi de termes comme “étrangement” ou “formes bizarres”. Le romancier semble introduire un registre qui se développera largement après la mort de Camille, notamment lors des bagarres entre Thérèse et Laurent mais aussi lors de leurs cauchemars.
  • D’ailleurs, il est intéressant de constater que la marchande vend des bijoux faux. Nous pouvons y voir une remarque sur le type de commerces de cette rue. Toutefois, cette évocation paraît mettre en lumière l’hypocrisie du milieu petit-bourgeois dans lequel évolue Thérèse.

B. Annonce d’une fin tragique

  • Puis, la métaphore employée pour décrire les boutiques, “laissant échapper des souffles froids de caveau”, est surprenante. Effectivement, elle compare ces lieux à des cimetières ce qui semble préfigurer la mort du ou des personnages principaux. Pourtant l’auteur ne les a pas encore présenté aux lecteurs.
  • Ensuite, un lexique de la mort jalonne ce passage: “caveau, ténèbres, trous lugubres”.
  • Enfin, la dernière phrase, “elle y vend des bagues de quinze sous, délicatement posées sur un lit de velours bleu, au fond d’une boîte en acajou”, repose sur une antithèse. “Quinze sous” est une somme relativement modeste. Cependant, “délicatement” et “velours bleu” tendent à valoriser cette bague de peu de valeur. Par ailleurs, cette évocation de la petite boîte ouverte et du fait qu’elle est en acajou n’est pas sans évoquer un cercueil.
  • Ainsi, Zola nous plonge d’emblée dans un registre tragique. En effet, les protagonistes ne sont pas encore présentés qu’ils semblent condamnés (par leur milieu? par leur destin?) à la mort.

Conclusion Thérèse Raquin chapitre 1

Ainsi, Zola se livre à une description réaliste d’un endroit sordide. En effet, ce lieu commerçant semble porter le sceau de la mort. Cet incipit est donc surprenant car, avant même de présenter le personnage éponyme, il annonce la mort.

Nous espérons que ce plan détaillé “Thérèse Raquin chapitre 1” a pu t’aider dans ton travail. N’hésite pas à poser des questions en commentaire. Tu aimeras peut-être les fiches suivantes:

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