SUJETS BAC DE FRANÇAIS 2026 : les sujets des épreuves anticipées du bac 2026 pour les séries générales et technologiques en ligne et en version PDF.

Sujets du bac de français 2026 pour la métropole
A. Sujets du bac pour les séries générales
Vous traiterez, au choix, l’un des deux sujets suivants :
1 – Commentaire (20 points)
Objet d’étude : la littérature d’idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle
Vous commenterez le texte suivant : Louise D’ÉPINAY, Histoire de Madame de Montbrillant, 1818.
Dans cette lettre, Madame de Montbrillant répond à son ami René.
Je crois, mon ami, qu’il est fort difficile de prescrire des règles sur l’amitié, car chacun les fait, comme de raison, suivant sa façon de penser. Vous m’annoncez vos prétentions1 envers vos amis ; il en viendra ensuite un autre des miens qui en aura de toutes opposées ; de sorte que moi, qui aurai aussi un caractère tout divers, je trouverai dix fois par jour le secret de me faire maudire de mes amis, et de mon côté je les enverrai nécessairement au diable. Il y a deux points généraux, essentiels et indispensables dans l’amitié, auxquels tout le monde est forcé de se réunir : l’indulgence et la liberté ; sans cela il n’est point de liens qui ne se brisent. C’est à peu près à quoi se réduit mon code. Je ne saurais exiger que mon ami m’aime avec chaleur, avec délicatesse, avec réflexion, effusion de cœur, etc., etc., mais seulement qu’il m’aime le mieux qu’il pourra, comme le comporte sa manière d’être ; car tout mon désir ne le réformera2 pas s’il est renfermé, ou léger, ou sérieux, ou gai ; et ma réflexion se portant sans cesse sur cette qualité qui lui manque et que je m’obstine à lui vouloir trouver, va incessamment me le rendre insupportable. Tenez, il faut aimer ses amis comme les vrais amateurs aiment les tableaux. Ils ont les yeux perpétuellement attachés sur les beaux endroits, et ne voient pas les autres. S’il s’élève une querelle, dites-vous ? Si mon ami a des torts, etc. etc. Eh ! mais je ne sais ce qu’on veut dire quand on s’écrie : Mon ami a des torts avec moi. En amitié je n’en connais que d’une espèce : c’est la méfiance. Mais lorsque je vous entends dire : « Un tel jour il m’a fait un mystère ; un autre, il a préféré telle chose au plaisir d’être avec moi, ou à une attention qu’il me devait ; ou bien, il aurait dû me faire tel sacrifice… » Et puis vient une bouderie. Eh ! laissez, laissez ce commerce de misère et d’ergoterie3 à ces cœurs vides et à ces têtes sans idées. Cela ne va qu’à ces sots petits amans4 vulgaires qui, au lieu de cette confiante sécurité, de ces délicieux épanchemens5 qui, dans les âmes honnêtes et fortes, augmentent le sentiment par l’exercice de la philosophie et de la vertu, mettent à la place de petites querelles fausses ou basses qui rétrécissent l’esprit, aigrissent le cœur et rendent les mœurs plates, quand elles ne les rendent pas vicieuses.
- prétentions : attentes, aspirations.
- réformer : changer en corrigeant.
- ce commerce de misère et d’ergoterie : ces échanges vains et mesquins.
- amans : ancienne graphie pour « amants », le mot désigne ceux qui aiment et sont aimés en retour.
- épanchemens : ancienne graphie pour « épanchements », expression libre et sincère de sentiments intimes.
2 – Dissertation (20 points)
Objet d’étude : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle
Le candidat traite au choix, compte tenu de l’œuvre et du parcours étudiés pendant l’année, l’un des trois sujets suivants :
Sujet A Œuvre : Arthur Rimbaud, Cahier de Douai
Parcours associé : émancipations créatrices
Dans le Cahier de Douai, est-ce seulement par la révolte que Rimbaud s’émancipe ? Vous répondrez à cette question dans un développement organisé en prenant appui sur le Cahier de Douai, sur les textes que vous avez étudiés dans le cadre du parcours associé et sur votre culture personnelle.
Sujet B Œuvre : Francis Ponge, La rage de l’expression
Parcours : dans l’atelier du poète Selon un critique, Francis Ponge est un « mécanicien » qui cherche à « réparer, articuler, faire fonctionner ». Cette citation éclaire-t-elle votre lecture de La rage de l’expression ? Vous répondrez à cette question dans un développement organisé en prenant appui sur La rage de l’expression, sur les textes que vous avez étudiés dans le cadre du parcours associé et sur votre culture personnelle.
Sujet C Œuvre : Hélène Dorion, Mes forêts
Parcours associé : la poésie, la nature, l’intime
Dans Les corridors du temps (1988), Hélène Dorion écrit : « L’arbre grince sous la force du vent. Je marche vers cet arbre qui a quelque chose à dire de l’humain. » Cette citation éclaire-t-elle votre lecture de Mes forêts ? Vous répondrez à cette question dans un développement organisé en prenant appui sur Mes forêts, sur les textes que vous avez étudiés dans le cadre du parcours associé et sur votre culture personnelle.
B. Sujets du bac pour les séries technologiques
1- Commentaire de texte (20 points)
Objet d’étude : le théâtre du XVIIème siècle au XXIème siècle
Émile Augier, Gabrielle, Acte I, scène 1, 1849.
La scène d’exposition s’ouvre sur un dialogue entre deux époux, Gabrielle et Julien, dans un salon bourgeois. Distraite, elle lit négligemment un livre qu’elle tient à la main. Son mari, avocat, cherche son code pénal. Il lui reproche gentiment de déplacer ses affaires et de ne pas s’intéresser suffisamment à sa profession et à leur situation. Elle s’en repent et lui propose d’en parler. Julien s’exécute alors avec enthousiasme.
Il s’assied près d’elle.
Sache que nous marchons, que nous roulons plutôt Sur le rude chemin de fortune au grand trot : J’ai quinze mille francs chez Lassusse ; dix mille Chez Blanche1, hypothéqués sur sa maison de ville ; Ma réputation prend un rapide essor ; Un ministre — et celui de la justice encor ! — Sur le seul bruit que fait ma petite éloquence, D’un gros procès qu’il a m’a donné la défense ; Et cela met un homme en posture au Palais2, Tu comprends ?
Gabrielle.
Oui, très bien.
Julien. Mes gains ne sont pas laids, Je fais, bon an mal an, vingt mille francs ; je gage Que j’en vais faire trente et même davantage. Or, nous en dépensons douze mille environ, N’est-ce pas ?
Gabrielle. Oui.
Julien. Mettons quinze pour compte rond, Et si… Pantagruel répondit à Panurge : « Quand le printemps fleurit, il faut que je me purge3. » Je vois que tu comprends mes calculs.
Gabrielle. Oui, très bien.
Julien. Merci ! Nous reprendrons plus tard cet entretien.
Il se lève, et se dirige vers son travail.
1 Lassusse et Blanche doivent de l’argent à Julien. 2 Palais : édifice public où s’exerce la justice. 3 Citation prêtée à Rabelais sans rapport à ce qui a été dit jusque-là.
C’est plaisir de causer avec sa ménagère,
Se retournant vers sa femme.
On vous aime pourtant, pauvre tête légère !
Il s’assied à sa table et travaille.
Gabrielle, à part.
Hélas ! il croit m’aimer… Quelle dérision ! Quand il ne va songeant qu’à son ambition ! Il m’aime ! il dit qu’il m’aime ! — Ô nature immortelle, Pénétrantes senteurs de la feuille nouvelle, Tranquillité des champs au soleil prosternés, Est-ce là cet amour dont vous m’entretenez ? Heureuse !… s’il en est une entre mes compagnes, Celle qui peut marcher à travers les campagnes, Appuyant tout son cœur sur un bras bien aimé, Selon le rêve ardent qu’elle s’était formé ! Nous partirions le soir, à cette heure sereine Où l’ombre et le silence ont apaisé la plaine ; Nous irions… quel bonheur ! moi pendue à son bras, Lui sur mon pas plus lent ralentissant son pas, Et tous deux regardant tomber la nuit immense Nous nous enivrerions d’amour et de silence !
Julien.
Gabrielle !
Gabrielle.
Plaît-il ?
Julien. Hors chez nous4, où voit-on Chemise de mari n’avoir pas un bouton ?
Gabrielle.
Ah ! — Mettez une épingle.
Julien.
Il faut que je te gronde. Mon linge est dans l’état le plus piteux du monde.
Gabrielle.
Bien. — Je ferai venir une femme demain.
Julien.
Ma mère m’aurait tout rapiécé de sa main.
Vous commenterez cet extrait de Gabrielle d’Émile Augier.
Vous pourrez prêter plus particulièrement attention :
– à l’opposition des deux personnages ;
– à l’aspect comique et critique de cette scène.
4Hors chez nous : excepté chez nous.
2- Contraction de texte (10 points) et essai (10 points)
Objet d’étude : la littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle
Compte tenu de l’œuvre et du parcours étudiés durant l’année, vous traiterez l’un des trois sujets suivants :
Sujet A- La Boétie, Discours de la servitude volontaire.
Parcours : « défendre » et « entretenir » la liberté.
Texte d’après Thierry Wolton, Les Nouvelles Routes de notre servitude, 2022.
Sujet B- Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, Premier soir, Second soir, troisième soir.
Parcours : le goût de la science. Texte d’après un entretien accordé par Hubert Reeves à Sciences et avenir (Hors-série Une nouvelle histoire de notre univers, n°158, mai-juin 2009 ; propos recueillis par Aline Kiner et Sylvie Rouat).
Sujet C- Graffigny, Lettres d’une Péruvienne.
Parcours : « un nouvel univers s’est offert à mes yeux ». Texte d’après un entretien accordé par l’écrivain Mathias Enard au magazine Le UN des libraires (L’Art de voyager, printemps 2024, propos recueillis par Lou Héliot).
Sujet A- La Boétie, Discours de la servitude volontaire.
Parcours : « défendre » et « entretenir » la liberté. Texte d’après Thierry Wolton, Les Nouvelles Routes de notre servitude, 2022.
Contraction de texte
Vous résumerez ce texte en 200 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise : votre travail comptera au moins 180 mots et au plus 220 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.
Le mimétisme1 est une composante essentielle du vivre-ensemble. Les réseaux le favorisent. L’usage généralisé et intensif du Web en fait un phénomène de masse qui pousse aux regroupements, qui oblige à la conformité. Les réseaux sociaux ne peuvent pas se permettre d’être porteurs d’une trop grande diversité d’opinions quand ils servent de dénominateur commun à la doxa2. Leur fonctionnement oblige au regroupement des opinions, que facilite la simplification des choix. Les « j’aime », « je n’aime pas », dynamique d’une partie des échanges, enferment les débats dans une dimension binaire qui n’est pas sans correspondre au système, lui-même binaire, de l’électronique, mère de la révolution numérique. Contrairement à ce qui est le plus souvent prétendu, l’Internet ne garantit pas la liberté d’expression. Ce qui s’y exprime correspond à des choix dictés par le conformisme des « réseauteurs », conséquence du mimétisme qui y prévaut, conforté par la technologie binaire utilisée, concentrée par les sites en vogue. Il en résulte une uniformisation des échanges, un appauvrissement des contenus, une simplification des opinions, qui facilitent l’agrégation des internautes autour de grandes causes générales, de beaux principes, en guise de certificat de conformité. Vus ainsi, les réseaux sociaux servent de liens de sociabilité, une nécessité pour l’internaute isolé dans l’infini du Web, ou si l’on préfère de lieu d’humanité dans un monde numérisé, dématérialisé. Autre perception possible : les réseaux sont des espaces de normalisation indispensables à l’uniformisation des opinions et des comportements des individus-rois qui se complaisent dans le miroir narcissique du Net. Dans tous les cas, le Net joue un rôle d’intégration qui répond à la fois à la nécessité pour l’internaute de faire société à l’ère du tout-numérique et au besoin de la communauté de trouver un langage commun pour s’entendre et se conformer. Ce contrat est toutefois faussé par l’intervention d’un tiers acteur, l’algorithme, qui détermine les rapprochements des uns avec les autres, qui influence leurs relations, qui transforme les réseaux sociaux en école du panurgisme3 où les internautes en quête de certitude et de sécurité aiment s’abriter. L’algorithme est le maître de la Toile. Il fournit à l’utilisateur une information sélectionnée en rapport avec ses intérêts, identifiés grâce aux données laissées par ses navigations sur le Net. Puis il regroupe les internautes par affinités autour de thèmes communs, déterminés à partir de ces mêmes données. Ces deux fonctions sont en adéquation avec la nature du Web qui isole et rassemble à la fois.
- Mimétisme : reproduction machinale, inconsciente, de gestes et d’attitudes des gens de l’entourage.
- Doxa : ensemble des opinions communes aux membres d’un groupe.
- Panurgisme : comportement d’une personne qui imite systématiquement les autres.
Dans ces conditions l’Internet ne saurait être un outil de la démocratie. Les connexions, les choix exprimés procèdent de ces calculs qui ignorent le principe de un homme = une voix, mantra4 de la démocratie, pour former a contrario des collectifs. L’algorithme est tout autant antinomique5 de la notion de libre arbitre quand les centres d’intérêt, les activités, les rencontres dépendent de la manière dont il les gère. Le redéploiement des identités, qui résulte des calculs algorithmiques et des manières de les associer, suscite des actions inattendues : pétitions en ligne, mouvements solidaires, agitation sociale, défense d’intérêts corporatistes, etc. Ces rassemblements ne préjugent en rien de l’identité de chaque participant, la personnalité des internautes s’y déconstruit pour se reconstituer autrement dans l’interactivité alimentée par la machine. Le résultat de ce processus n’a rien de nouveau, hormis la technologie qui en facilite l’émergence : il est pareil à la mutation maintes fois observée de l’individu en homme-foule alors prêt à se joindre à la masse au sein de laquelle il n’est plus ni différent ni meilleur qu’un autre. Le réseau social aide ainsi à combler l’idéal d’égalité que l’internaute est venu chercher sur le Web. Se rassembler relève de l’instinct pour l’être l’humain en quête de sécurité. Faire masse protège l’individu de l’hostilité extérieure et le rassure vis-à-vis de ses semblables. L’union permet d’atténuer la peur des autres, les différences se dissolvent dans un tout égalitaire qu’incarne l’homme-masse. À l’ère victimaire, les réseaux sociaux aident l’internaute à se protéger d’une adversité réelle ou supposée, à lui assurer le bien-être de l’anonymat, à satisfaire son instinct grégaire. Le Web a fini par jouer le rôle de maison commune de l’humanité, protectrice et rassurante. Nul besoin de réfléchir dans la foule numérique, tout le monde va dans le même sens. Le mimétisme rassure, il évite de se distinguer, de s’attirer l’animosité d’autrui, il tient de la sauvegarde de soi-même. Si l’internaute en réseau perd de sa liberté individuelle, il y gagne un sentiment de libération collective.
797 mots
Essai
Le besoin d’appartenir à un groupe empêche-t-il d’être libre ? Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur Le Discours de la Servitude volontaire de La Boétie, sur le texte de l’exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
4.Mantra : formule sacrée que l’on répète.
5Antinomique : opposé.
Sujet B- Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, Premier soir, Second soir, troisième soir.
Parcours : le goût de la science.
Texte d’après un entretien accordé par Hubert Reeves à Sciences et avenir (Horssérie Une nouvelle histoire de notre univers, n°158, mai-juin 2009 ; propos recueillis par Aline Kiner et Sylvie Rouat).
Contraction de texte
Vous résumerez ce texte en 196 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise : votre travail comptera au moins 176 mots et au plus 216 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.
Regarder le ciel, c’est d’abord une émotion. Il y a là un contact, essentiel pour l’homme, avec quelque chose de gigantesque qui le dépasse, l’oblige à sortir de lui-même. En même temps, regarder le ciel donne une autre dimension à notre humanité. Car nous savons aujourd’hui que les atomes dont nous sommes faits ont été forgés dans les étoiles, que nous faisons partie intégrante de l’Univers. Tous les événements qui s’y passent et s’y sont passés ont un rapport avec nous. L’astronomie, science des astres, raconte une histoire qui est aussi la nôtre : l’apparition de notre Système solaire, puis celle de l’être humain en sont des chapitres. Les astronomes, qui travaillent à décrire la genèse des atomes, des molécules, des planètes, de la vie, de tout ce qu’il a fallu pour que nous soyons là aujourd’hui, sont en fait des préhistoriens de l’épopée humaine. Cette prise de conscience est pour moi le plus grand apport de la science du 20e siècle. Un jour, Galilée a l’idée de tourner vers le ciel une lunette, un instrument qui servait jusqu’alors à surveiller les armées ennemies. Il découvre que le monde céleste n’est pas parfait, qu’il est soumis au changement. Les observations de Galilée apportent des preuves scientifiques à la découverte faite auparavant par Copernic, ce que Freud appellera « le choc astronomique » : la Terre, et donc l’homme, ne sont pas le centre du monde. Souvenez-vous de l’astronomie telle qu’elle existait par exemple au temps de François Arago, il y a deux siècles : les étoiles que l’on observait à travers les télescopes semblaient appartenir à une réalité étrangère, loin de celle des humains. Mais si l’Univers a une histoire, cela change notre angle de vue : nous les regardons pour essayer de comprendre nos origines, comme nous tentons de le faire à travers la théorie de l’évolution. D’où venonsnous, pourquoi sommes-nous là, de quoi est fait notre passé ? L’homme est au cœur des recherches astronomiques. L’un des objectifs de l’astronomie est de faire comprendre au public que cette science le concerne au plus haut point, car elle lui parle de lui. Guy Béart ne chantait-il pas : « Parlez-moi de moi, il n’y a que ça qui m’intéresse »… Et pour cela, il faut des passeurs : il y a de plus en plus de chercheurs qui veulent communiquer, partager leurs recherches. L’astronomie est d’ailleurs à la jonction de deux domaines : la poésie et la science. Le ciel est à la fois un lieu d’émerveillement et un lieu de connaissance, de rationalité, à partir duquel on peut construire des théories, à l’instar de Galilée ou Einstein. Les phénomènes célestes exercent un attrait puissant sur les jeunes gens et peuvent les motiver pour l’étude des sciences. Étudier l’Univers donne un sens dramatique plus fort à ce qui se passe aujourd’hui sur Terre – je veux parler de la menace que nous faisons peser sur l’environnement par nos activités polluantes et destructrices. Dans notre Système solaire, seule la Terre abrite de la vie. Il s’est passé ici quelque chose de spécial, que les scientifiques peinent à expliquer aujourd’hui encore. Lorsqu’elle est née, il y a 4,5 milliards d’années, notre planète était un monde stérile, une boule de lave incandescente. Et pourtant, seulement quelques centaines de millions d’années plus tard, la vie foisonnait déjà dans les océans. Ce n’était encore que des bactéries et des algues bleues, mais elles allaient donner naissance, au fil des millénaires, à toutes les plantes et les créatures que nous connaissons, y compris nousmêmes. Aujourd’hui, les activités humaines perturbent l’équilibre planétaire. Ce n’est pas la vie elle-même qui est menacée : elle est très robuste et pourra survivre sous certaines formes aux désordres qui s’annoncent. Mais l’homme, lui, est en péril. Il y a là quelque chose de dramatiquement ironique : l’espèce humaine a été capable de reconstituer le passé de l’Univers depuis le Big-Bang, de montrer à quel point nous vivons sur un astre unique. Et c’est précisément elle qui est menacée de disparition – au moins d’une grave détérioration de ses conditions d’existence – par ses propres agissements ! Pour moi, l’astronomie et l’écologie sont les deux volets d’une même histoire. L’astronomie nous explique comment nous en sommes venus à être ici ; l’écologie nous indique comment y demeurer dans des conditions convenables. Ces deux sciences portent ce message : regardons d’où nous venons, émerveillons-nous, mais faisons attention, car notre avenir sera peut-être moins beau.
783 mots
Essai
Le goût de la science nous aide-t-il à voir le monde autrement ? Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur Les Entretiens sur la pluralité des mondes de Fontenelle, sur le texte de l’exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Sujet C- Graffigny, Lettres d’une Péruvienne.
Parcours : « un nouvel univers s’est offert à mes yeux ».
Texte d’après un entretien accordé par l’écrivain Mathias Énard au magazine Le UN des libraires (L’Art de voyager, printemps 2024, propos recueillis par Lou Héliot).
Contraction de texte
Vous résumerez ce texte en 185 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise : votre travail comptera au moins 167 et au plus 203 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de la contraction, le nombre total de mots utilisés.
À l’origine, le voyage est lié à la découverte – scientifique, économique, politique, commerciale, militaire… Les récits de voyage existent alors, mais ils sont surtout utilitaires. Les pèlerins du Moyen Âge rédigent des sortes de guides qui indiquent par où passer et ne pas passer, où dormir, etc. Marco Polo écrit pour les autres commerçants vénitiens, qui voudraient faire le même trajet que lui. Du côté de la péninsule arabique, on trouve des textes magnifiques : des « poèmes de navigation », sortes de cartes maritimes écrites en vers que l’on apprenait par cœur et qui expliquaient en détail comment se rendre, par exemple, d’Oman à Zanzibar. Il existe aussi des récits de voyages merveilleux, d’aventures comme l’Odyssée où Ulysse découvre des pays et des peuples qui n’existent pas, qui ne figurent pas sur les cartes des marchands grecs ou phéniciens de l’époque. Ces deux pôles vont coexister jusqu’au 13e siècle environ. Mais c’est vraiment à partir de la fin du 18e siècle que le voyage va devenir un art, un but en soi et une expérience décorrélée du déplacement : un moment de contemplation, de réminiscence, de mélancolie. Et cela s’incarne en littérature avec des récits de « voyage » proprement dit, et intitulés comme tels. Il faut bien voir que si le 19e siècle est le grand moment du récit de voyage, c’est aussi parce qu’il est le grand moment de l’exploration, de la découverte, de la recherche géographique, archéologique, botanique… Au cours de ce siècle, une grande partie de l’Afrique reste inconnue des Européens, tout comme une grande partie de l’Amérique du Sud. Mais, bien entendu, la destination qui s’impose à cette époque, c’est l’Orient. Si les destinations sont souvent les mêmes – Constantinople, l’Égypte, les paysages bibliques –, chaque récit est différent. Il ne s’agit plus ici de donner des conseils pratiques – le guide est désormais un genre à part entière, bien séparé. Ce qui se raconte dans ces récits, c’est véritablement la personnalité et la sensibilité du voyageur romantique. Son vécu devient plus intéressant que la destination elle-même. Le voyage est inconfortable, par la nature même du déplacement – les valises, le train, le décalage… –, mais surtout parce que l’on manque toujours de temps pour apprendre, pour comprendre les lieux que l’on traverse. Le voyage s’accompagne toujours de cette sensation d’être un peu perdu, un peu déplacé, décentré. Une sensation à la fois fascinante, quoiqu’aussi souvent amère, frustrante. Je n’aime les voyages que quand ils sont longs, qu’ils s’étendent sur plusieurs années. Le tourisme est une forme dévoyée du voyage. On a l’impression que le tourisme prend physiquement la place du voyageur, l’enfermant dans un trajet tout tracé et l’empêchant de raconter autre chose. Il n’y a plus de place pour le récit lorsqu’on est au milieu d’une foule de gens qui vont à droite, à gauche sur la base des mêmes informations puisées aux mêmes guides, répétant inlassablement les mêmes gestes devant les mêmes paysages, mangeant la même glace au même café… Le tourisme de masse, en ce sens, est une malédiction. La découverte d’un Orient exotique et lointain est derrière nous. Nous avons désormais des images, des connexions, des liens bien plus étroits qu’à l’époque où personne ne savait à quoi ressemblaient Alger ou les pyramides ! La distance parcourue par les voyageurs d’aujourd’hui est en réalité infiniment moins grande qu’alors. Et, en sens inverse, de nombreux auteurs turcs, syriens, indiens… ont écrit sur leur découverte de l’Occident. Disons que l’expérience du voyage est plus « à parts égales », on se détache de ce mouvement de domination de l’Europe vis-à-vis du reste du monde. Maintenant, tout le monde est dominé et aliéné de la même manière par le commerce et le marketing ! Nous vivons dans un monde complètement différent de celui des grands voyageurs du 19e siècle. Cela ne veut pas dire que le voyage est devenu impossible. En réalité, ce qui compte, c’est la manière dont on va l’expérimenter et le raconter. On peut tout à fait conserver l’esprit de voyage à quelques mètres de chez soi. La seule condition est de faire l’expérience de la différence, de cette tension qu’il y a entre soi et l’autre quand on reçoit une forme d’altérité et qu’on s’y confronte. C’est pour moi le voyage réduit à sa plus simple expression. Que l’on soit à l’autre bout du monde ou à cinquante mètres de chez soi, à pied ou à dos d’âne, cela importe peu, en vérité.
740 mots
Essai
Le voyage permet-il toujours de découvrir un autre univers ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur les Lettres d’une Péruvienne de Madame de Graffigny, sur le texte de l’exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.