JUSTE LA FIN DU MONDE PROLOGUE

Juste la fin du monde prologue de la pièce. Jean-Luc Lagarce (biographie et bibliographie) écrit la pièce en 1990 alors qu’il est écrivain en résidence. Il y relate le retour du héros, Louis, qui se sait condamné. Nous nous proposons, après l’extrait de texte, d’effectuer l’explication linéaire du prologue. En effet, il convient de rappeler qu’en débutant sa pièce par un prologue le dramaturge s’inscrit dans la longue tradition de la tragédie antique qui s’ouvrait sur le prologue. Or, le prologue (étymologie: pro (avant) +logos (discours) était suivi du choeur.

Problématique: Comment ce prologue plonge-t-il d’emblée le spectateur dans la compassion?

Juste la fin du monde Lagarce prologue: le texte intégral.

LOUIS. – Plus tard‚ l’année d’après
– j’allais mourir à mon tour –
j’ai près de trente-quatre ans maintenant et c’est à cet âge que je mourrai‚
l’année d’après‚
de nombreux mois déjà que j’attendais à ne rien faire‚ à tricher‚ à ne plus savoir‚
de nombreux mois que j’attendais d’en avoir fini‚
l’année d’après‚
comme on ose bouger parfois‚
à peine‚
devant un danger extrême‚ imperceptiblement‚ sans vouloir faire de bruit ou commettre un geste trop violent qui réveillerait l’ennemi et vous détruirait aussitôt‚
l’année d’après‚
malgré tout‚
la peur‚
prenant ce risque et sans espoir jamais de survivre‚
malgré tout‚
l’année d’après‚
je décidai de retourner les voir‚ revenir sur mes pas‚ aller sur mes traces et faire le voyage‚ pour annoncer‚ lentement‚ avec soin‚ avec soin et précision
– ce que je crois –
lentement‚ calmement‚ d’une manière posée
– et n’ai-je pas toujours été pour les autres et eux‚ tout précisément‚ n’ai-je pas toujours été un homme posé ?‚
pour annoncer‚
dire‚
seulement dire‚
ma mort prochaine et irrémédiable‚
l’annoncer moi-même‚ en être l’unique messager‚
et paraître
– peut-être ce que j’ai toujours voulu‚ voulu et décidé‚ en toutes circonstances et depuis le plus loin que j’ose me souvenir –
et paraître pouvoir là encore décider‚
me donner et donner aux autres‚ et à eux‚ tout précisément‚ toi‚ vous‚ elle‚ ceux-là encore que je ne connais pas (trop tard et tant pis)‚
me donner et donner aux autres une dernière fois l’illusion d’être responsable de moi-même et d’être‚ jusqu’à cette extrémité‚ mon propre maître.

Premier mouvement (de « plus tard » à « je mourrai »)

  • D’abord, la pièce s’ouvre étonnamment comme portée par une voix d’outre-tombe. En effet, la prosopopée (fiche sur les figures de style qui consiste à faire parler un mort) donne une teinte étrange aux premiers mots: « l’année d’après, -j’allais mourir à mon tour ». Il parle donc comme s’il était déjà mort.
  • D’ailleurs, de nombreuses évocations temporelles se succèdent à travers des adverbes: « plus tard », « l’année d’après ».
  • Ensuite, Louis donne au spectateur une indication sur son âge « j’ai près de trente-quatre ans ». Or le fait qu’il ait une trentaine d’années et qu’il se sache condamné à mourir nous immerge immédiatement dans un registre pathétique mais aussi tragique.
  • Enfin, les temps verbaux renforcent la confusion. D’abord, « j’allais », à l’imparfait nous plonge dans une époque passée. Puis, « j’ai », au présent de l’indicatif nous ramène à une immédiateté de l’action. Enfin, « je mourrai », au futur de l’indicatif, nous tend vers un avenir très sombre pour le protagoniste.
  • Ainsi, ce premier mouvement s’ouvre par l’annonce tragique de la mort du héros.

Deuxième mouvement de « l’année d’après » à « survivre »

  • D’abord « l’année d’après » est repris, comme un refrain lancinant, un memento mori (souviens-toi que tu dois mourir inscrit dans la Bible). L’obsession permanente de la mort prochaine à laquelle il se sait condamné.
  • Ensuite, « de nombreux mois déjà que j’attendais » est repris de manière anaphorique. Effectivement, Louis est plongé dans la stupeur à l’annonce de sa mort. Il ne peut plus avancer dans sa vie. Il semble pétrifié. En outre, l’énumération montre qu’il est figé dans une atmosphère négative, pesante: « à ne rien faire, à tricher, à ne plus savoir ».
  • Puis, il se met peu à peu en mouvement, de nouveau malgré cette situation très difficile. Effectivement le lexique du danger est très présent et réfère à la mort comme une épée suspendue au-dessus de sa tête. Ainsi, nous pouvons relever: « danger extrême », ennemi », « détruirait ».
  • Effectivement, il tente de se mettre en mouvement mais avec la peur d’attirer l’attention de la mort. Un vocabulaire du danger est alors repris dans l’énumération en rythme ternaire: « ce risque et sans espoir jamais de survivre ».

Troisième mouvement: de « malgré tout » à mort prochaine et irrémédiable »

  • « Malgré tout » apparaît comme un connecteur logique qui indique la transition, le changement.
  • En effet, Louis décide de retourner voir les siens comme en témoigne le vocabulaire du retour « retourner », « revenir sur mes pas », « aller sur mes traces », « faire le voyage ». Or, il est intéressant de constater que ce voyage apparaît à la fois comme un voyage dans l’espace et dans le temps. Nous savons que le protagoniste a quitté les siens 12 ans plus tôt.
  • Puis, l’épanorthose: « avec soin, avec soin et précision ». Il tente de trouver le mot juste pour dire sa mort.
  • De plus « lentement, calmement, d’une manière posée » nous apporte des informations sur la psychologie de Louis. Rappelons effectivement que le monologue permet traditionnellement de prendre connaissance des sentiments et pensées du personnage théâtral. Et cela nous permet effectivement de découvrir qui est Louis dans ce prologue où il s’adresse directement à nous lecteurs.
  • Puis les phrases très brèves « pour annoncer/ Dire/ Seulement dire » montrent qu’il veut banaliser cette nouvelle, un peu comme Lagarce le fait avec un brin d’ironie dans le titre de la pièce « Juste la fin du monde ».
  • Enfin, « ma mort prochaine et irrémédiable » renforce le registre tragique. D’ailleurs Louis apparaît comme un héros tragique précisément parce qu’il est condamné et que la fatalité est plus puissante que ses efforts pour lutter.
  • En somme, ce mouvement insiste sur la décision du retour auprès de sa famille.

Quatrième mouvement: de « l’annoncer moi-même » à la fin du prologue

  • Or, Louis insiste sur une volonté illusoire de faire face, de maîtriser: « l’annoncer moi-même, en être l’unique messager ».
  • D’ailleurs, plusieurs verbes au participe passé témoignent de sa volonté farouche : « voulu, voulu et décidé » puis, plus loin, « décider ».
  • Puis « me donner et donner aux autres » est repris de manière anaphorique.
  • Mais au fond, Louis sait que cette tentative est désespérée, vouée à l’échec: « l’illusion d’être responsable de moi-même et d’être jusqu’à cette extrémité mon propre maître ».
  • Ainsi dans ce dernier mouvement le destin du héros tragique paraît plus fort que sa volonté.

Juste la fin du monde prologue: conclusion

Dès lors, dans ce prologue, Louis annonce aux spectateurs/lecteurs sa mort prochaine ainsi que sa volonté de revoir une famille qu’il a quittée il y a plus de 10 ans.

Biographie de Jean-Luc Lagarce

Dissertation Juste la fin du monde et la CRISE

-Analyse Juste la fin du monde

Explication linéaire du monologue de Suzanne

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